Dale

Roger Dale

travaille exclusivement d’après nature.
Il porte un intérêt tout particulier à la réalité et au regard que l'on porte sur celle-ci.
Malgré l'apparent hyperréalisme de ses peintures, elles ne comportent pas de détails et sont extrêmement gestuelles et dynamiques, comme cette vue de Bavière, où coule un long fleuve tranquille.

Paul Guérin, responsable de la communication au CEEAC :

« Dans l’œuvre peint de Roger DALE (né en 1950, près de Liverpool), la première impression d’une immobilité, commune aux nus, aux natures mortes et aux paysages, complaisante à un désir de reproduction minutieuse, est très vite démentie par les variations – amples et subtiles – de luminosité et de netteté qui contribuent par leur dynamique proprement picturale à l’originalité profonde de son art.

L’immobilité apparente du motif devant lequel le peintre s’expose en plein air à la course du soleil, à l’écoulement des eaux ou, dans l’atelier, à la présence du modèle est tout d’abord troublée par d’insolites divisions de la surface des tableaux.

Dans les paysages, la ligne du sol est souvent placée soit très bas, de manière à donner toute leur ampleur aux masses végétales, soit très haut de telle sorte que leur reflet dans l’eau prend le pas sur leur vision  "à l’air libre".

Ce mode de composition met alors le regard au contact d’une touche picturale plus sensible à la puissance d’expansion de la ramure d’un arbre à partir de son tronc - presqu’invisible – que soucieuse du  rendu précis de son feuillage.

L’énergie déployée par de larges coups de brosse rivalise avec l’élan par lequel ces arbres montent à la conquête d’un ciel réduit à quelques trouées de bleu.

Et c’est au contraire du sol que paraît sourdre une lueur diffuse, dans un flou où la couleur marque dans sa libre et uniforme extension son écart de la figuration.

Le grand format de ces peintures ne fait pas que répondre à l’ouverture de l’espace auquel Roger Dale se confronte : si leur largeur offre au regard le champ d’un panoramique, leur composition dans le sens de la hauteur lui donne aussi accès à la temporalité et à la dynamique du tableau.

La partie inférieure du seul nu présenté dans cette exposition laisse en effet visibles la préparation en rouge de la toile, les larges gestes de la pose du bleu tout autant que ses libres coulées en surface.

La plus grande luminosité s’est retirée dans la profondeur de la scène, sur la manche d’une chemise et la croisée  d’une fenêtre qui n’est d’ailleurs pas sans évoquer le revers d’un châssis.

La figure, assise entre la surface vide d’un  miroir et un crâne  posé près d’elle, baigne dans un flou délibéré, le regard n’approchant l’attrait de sa nudité qu’après avoir ainsi traversé dans la pénombre un « chaos » de peinture.

Cette moderne vanité dévoile plus explicitement que les paysages ce qui dans la peinture de Roger Dale relève selon ses propres termes d’un  "combat avec le réel qui conduit, au prix d’une concentration jamais relâchée et d’une absorption du peintre par son motif, à un état quasi-miraculeux d’harmonie où la peinture commence à ressembler au sujet".

Il y a en effet une troublante affinité entre l’action des gestes sédimentés dans le secret de ces toiles et la transformation de l’image d’un groupe d’arbres par leur reflet à la surface d’une eau apparemment calme.

En une discrète métamorphose, les blocs de verdure se fluidifient au fil du courant dans le même mouvement où des touches de couleur claire concentrent sur quelques remous la lumière diffuse d’un ciel repoussé par l’ombre des feuillages.

Tout comme on a pu parler à propos de Caspar David Friedrich d’une « dramatisation du paysage », on éprouve devant les tableaux de Dale le sentiment d’une tension surmontée entre des masses de matière vivante, mobile, des flux changeants de lumière – une brèche de ciel a curieusement dans l’une des toiles le profil et la luminosité d’une tornade – et le temps à la fois matériel et humain de la réalisation d’un tableau.

Le fait peu commun que les œuvres de Roger Dale ne portent pas d’indication de date les situe hors d’une durée où l’on pourrait suivre l’évolution d’un style : le choix surprenant de leurs titres ("Ne me laisse pas comme cela", "Act of the heart"…) oriente au contraire l’esprit vers l’expérience sensible, méditative chaque fois risquée avec une égale intensité.

Exécutés sur le motif  au cours d’une seule journée, ses paysages semblent avoir fondu dans leur lumière mate tous les moments du jour, jusqu’à laisser affleurer dans "Everything draws me to you" une dimension "cosmique" où les éléments naturels auraient perdu leurs qualités et surtout leur proximité familières pour laisser entrevoir les forces en jeu dans leur visibilité même.

Sous la densité tourbillonnante et vibrante des arbres s’étend un sol dont la consistance est celle de nuées rougeoyantes et dont la courbure libère le regard de toute pesanteur en le projetant soudain au-dessus d’un astre inconnu émergeant de sa nuit… ».

Ses oeuvres sont exposées en permanence à la galerie l'Estampe.

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